lundi 11 septembre 2017

"Deviens ce que tu es"



Je pensais que je voulais discuter d’une tendance nouvelle et populaire mais je m’embûchais déjà sur une question qui me semblait drastique dans la mesure où les rouages de mon cerveau s’entrechoquent au moindre bruissement des pensées éparses et spontanées.  En bref, je ne pouvais prendre de l’avant sur ce qui m’intéressait vraiment sans répondre aux lubies aléatoires et entêtés de mon esprit dolent. Cette exécrable manie m’a tant de fois égarée sur la voie qui, initialement, avait un sens disruptif que je ne me surprends même plus à me retrouver trempée sur le bord d’un chemin douteux parsemé de roches et de sable sans un seul arrêt de bus en vue. Ouais, j’aurais dû prendre le taxi.

Je me demandais toujours si le fait d’être exposé à certains thèmes aux moments plus ou moins cruciaux et dans un temps déterminé définissait la tendance d’une notion. Ce qui est populaire pour moi, l’est-il pour un individu avec une décennie de moins ou de plus au compte? Ce qui est répandu dans ma région rejoint-il des sociétés plus éloignées et si oui dans quelles circonstances? Même si je concède que grâce aux réseaux sociaux on partage une base de thèmes plus ou moins commune au-delà les océans, je ne peux m’empêcher de spéculer que le sujet qui me concerne, et auquel je suis inlassablement exposée, découle des événements qui m’ont conduit à fréquenter certains cercles.

Ce qui m’amène à ce tripotage cogitatif c’est que je suis ébahie de me retrouver submergée par le sujet favorisé par une adolescence éparse. Thème qui était à l’époque clandestin et précautionneux. Toutefois, aujourd’hui, l’honorable « Deviens ce que tu es » a muté en cette représentation erronée et flétrie par une ère exubérant le défaitisme d’un individualisme rouillé. Il semblerait que, présentement, la majorité des individus ont l'intrépide aptitude de se déterminer en tant qu’individu sans trop de peine. Du moins, c’est ce qu’ils laissent sous-entendre. L’important c’est d’être ce que tu es vraiment.  Sois toi-même et tout ira bien. Ne laisse personne te dicter ce que tu dois être. Be yourself, be yourself AND be yourself. Une cacophonie prêchée dans la marginalité d’un courant anticonformiste moderne et surtout inclassable.

Ils se font un plaisir de parader sous votre nez en vous assurant que depuis qu’ils savent ce qu’ils sont réellement un paradis terrestre se dégage sur leur pas. Néanmoins, nul ne peut nettement vous donner un sens précis mais ils vous assurent qu’ils peuvent le sentir. Depuis qu’ils se connaissent, incontestablement bien sûr, vivre leur semble plus aisé. Ce n’est pas que je nie leur épanouissement ou leur crédibilité ; ce qui me frustre c’est que par-delà leurs intentions ils donnent à l’identité cette idée d’abstraction. Il y a trop de notions à qui on rétrocède l’abstraction dans la mesure où les embuches existentialistes happent une conscience amorphe.

Je pense qu’une identité a le devoir d’être défini. Elle prend forme, non seulement, dans l'espace et le temps mais elle revêt également tous les éléments (facteur x) qui font qu’on est en mesure ou non de s’identifier. X qui peut évoquer un style de vie, une religion, une éducation, une culture-société, une époque, des traumatismes et tout ce que vous voulez  Pas besoin d’une définition simple ; seulement admettre qu’une identité ne peut pas, uniquement, se sentir mais être symbolisée que ce soit par des pensées, des actes ou encore des pensées qui ne s’accordent pas avec des actes et vice-versa, des désirs, des principes, des valeurs etc.

Se définir ne m’a jamais semblé désinvolte et je pense que je n’en suis même pas venue à bout alors que j’explore les divers terrains de mon entendement tout au long des années qui s’accumulent lourdement. Au point, ou j’en perds la plupart de mes rapports relationnelles. Honnêtement, je peux en donner une représentation foncièrement grossière et vulgarisée mais par respect à ceux qui, je le crois, sont sérieux dans leur quête je n’ose avoir la prétention d’annoncer que je suis ce que je suis. 

Par ailleurs, je me sentirais blasée de n’être en mesure que d’incarner les compromis et le synchronisme des évènements passés que ce soit sur le plan personnel, religieux, socio-culturel ou encore politique. Pourquoi se délimiter aux circonstances lorsqu’on a une infinité de potentialités qui s’offrent à nous et qu’on pourrait être davantage que les marionnettes d’une époque qui nous fait présumer que la vie ne peut seulement s’entamer que lorsqu’on parvient à mettre quelques termes philosophiques-psychologiques sur une identité corrélativement distincte.


lundi 21 août 2017

Un jour de pluie

Le tambourinement de la pluie sur la fenêtre ramène mon âme des tréfonds d'un passé séditieux à une réalité frauduleuse. Mon corps ankylosé de sommeil veut désespérément suivre cette âme moribonde aussi, il se laisse trainer lourdement vers la fenêtre. J`envie l`asphalte, les bancs, les arbres sur qui les gouttelettes s`amusent à qui arrivera la première. Je ne peux plus contenir cette lubie tenace et douloureuse, aussi je me précipite dehors et me jette dans les bras de mon enfance. Je peux les sentir; les souvenirs de l`odeur de la terre mouillée, le bruit des martèlements fiévreux d`une eau rafraichissante. Je cours, je saute, je ris. Encore et encore. Je ne veux plus que cela s`arrête. J`aperçois mes parents et mes voisins blêmes à leurs fenêtres qui chuchotent, qui cache leur visages hideux entre les rideaux de leur vie. Je rejette leur monde d`adulte d`un coup de cheveux trempés dans la naïveté du vent.  Je veux alors courir plus vite, sauter plus haut et rire plus fort pour que la pluie ne s`arrête jamais.
Des bruits fruitifs sur la porte. Un grincement. Des pas. Des éclats de voix. Des sanglots. Mon regard s`embrouille. Ah ce n`était pas mes yeux. Ses larmes embrassent indélicatement les mots tout juste nés sur la pâleur d`une page. Je regarde le mariage de mon encre et de ses larmes se déformer sous l`abomination de l’ivrognerie de son crie: "Va la chercher... Je t`en prie."
Le silence de la maisonnée m`accompagne jusqu`à la porte. Les yeux fermés, ma main tourne la poignée. J`ouvre les yeux sur un monde fade; le bruissement du temps avilit la civilisation latente. Les nuages vomissent sur cette ville leur fiel lui rendant les couleurs mornes de sa réalité. La pluie était glaciale. Je la vois et l`entends. Elle est trempée et pied nus. Ses pieds ont été noircis et écorchés par la saleté et la morosité des rues. Ses vêtements épousent les courbes de son corps frêle. Sa voie usée par les cris se porte dans l`air monotone du vent comme des fouets impétueux. Alors sans hésiter je marche fermement vers elle et lui tends la main. "Viens." Elle me regarde ébahie sans comprendre. "Tu n`aimes pas la pluie?".
"Non ce n`est pas ça. C`est juste que... Je ne veux plus rêver."
Elle prend ma main avec un rire éblouissant. Alors qu`elle vivait sous la pluie flegmatique, sa peau chaleureuse enveloppa la main froide arborant la mort d’une existence flétrie par des désillusions austères.

vendredi 30 juin 2017

Labyrinthe de miroirs

Il y avait toujours cette attraction que je détestais plus que tout lorsque j’étais plus jeune, aussi je faisais de tout mon possible pour distraire et duper ma compagnie afin d’éviter sa mention. Le labyrinthe de miroirs était pour moi ce que l’enfer était pour Sartre. L’image que je projette je l’intercepte déjà et ce avant même qu’elle ne se représente dans le regard d’un autre. Aussi, dans ce labyrinthe, je me sens prisonnière de mon propre regard. 

Je sentirais probablement le même malaise si je devais y retourner aujourd’hui et pourtant j’ai affranchi  tant de complexes et réussi la plupart des choses que j’ai entreprises. Cela n’a toutefois aucune importance, car je sais que peu importe ce que j’achèverai, je ne me sentirai jamais accomplie. Parce que je sentirai que j’ai besoin de réaliser plus, de m’élever toujours plus haut.  Mais les autres ne comprennent pas pourquoi. Ils me disent que je dois embrasser ce que j’ai présentement et que je suis à l’âge de passer à la prochaine étape de la vie. Ils me reprochent mon attitude qui leur semble hautaine ce qui les déconcertes étant donné que je m’auto-persécute ouvertement.

« Je te comprends pas, l’estime que tu te portes est impitoyable mais tu donnes quand même l’impression que personne en vaut la peine. T’es fatigante. »

En effet, je ne suis pas assez bien; mes valeurs sont branlantes, mes principes s’enracinent sur mon égo et non pas une moralité rigide, mes choix s’accordent à la girouette soufflée par mes espoirs farouches et mes perspectives obstinées. Mais je me vois telle que je suis. Et je suis rendue à un point où je ne veux plus le camoufler. Alors oui, je ne suis bien pour personne et bien que j’y travaille,  je veux que tout le monde le sache tout de suite.

Et les raisons pour lesquelles je ne m’accorde avec aucun de vous sont des antonymes aux miens. Tu ne vois pas tes lacunes ou tu ne les exposes pas dans le but de leurrer une innocence délectable. Tu veux forger l’image nette pour t’écornifler de velléités. Et quand tu te sens pris au piège par mon regard tu t’excuses avec la fameuse anxiété du siècle. Je ne savais même pas que le stress était une maladie avant mais puisque ça a un nom médical maintenant je ne sais même pas si j’ai le droit de te reprocher cette justification.  Moi, je voudrais tout simplement te voir essayer. Essayer de te repenser, tenter de persévérer, t’inciter à sortir de ta routine ou du connu. J’aimerais sentir ta volonté de partir explorer ailleurs que ton petit chez toi confortable. Je voudrais que tu fasses ces choses avec moi ou du moins que tu l’envisages…

Parce que quelqu’un qui ne voit pas ses lacunes ou qui veut les dissimuler du regard d’autrui m’ennuie profondément. Le monde ne sera jamais idéal, surtout en ces temps d’infortune, et s’en détacher ne le rend que plus superficiel. Et je déteste le superficiel.
Alors non je ne suis pas assez bien; au point de détester mon propre regard mais je ne cache pas que je fais de mon mieux pour changer.


Donc non, concevoir, famille, maison et chien ne font plus réellement parti de mes plans, je pense avoir quelque chose de plus important à faire pour le moment. 

Pandore

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Il parait qu’après une certaine période de temps probatoire, on se fait inévitablement happer par les événements fructueux du passé qu’on ne pouvait confronter aux moments où ils se produisaient pour une raison ou une autre. Il faut croire que la nature humaine est plus vicieuse qu’elle ne pouvait le laisser déjà croire pour s’imposer son propre jugement. Imaginez qu’une personne  à qui le sort n’a jamais fait de cadeau, ait enduré des circonstances qui la dépasseront toujours jusqu’à un certain point ce qui, par conséquent, la contraignait à gonfler sa boite de pandore au fil du temps. Non qu’elle ne confronte pas les situations mais plutôt qu’elle en récolte les éclats tout en décidant  de confiner la relation causale. En d’autres mots, acheter une marchandise défectueuse, admettre sa vulnérabilité à la fourberie, éviter le marchand qui vous a trompé et utiliser l’article brisé au risque de se blesser. Et si cela devait vous arrivez 5, 10 et peut-être 20 fois, vous adoptez, malgré vous, la même conduite. Sauf qu’une chose va vous arriver; vous perdez foi et confiance en la nature humaine. Tout de même, un jour, on vous dit qu’au final vous finirez bien par affronter les 20 voleurs qui vous ont maraudés.  Parce qu’après un certain point votre égo s’effarouche; pourquoi vous les avez laissés filer sans rien dire quand vous aviez l’intelligence pour dénoncer leur concupiscence. Mille et une raison et d’entre elles, le courage et peut-être la volonté d’aimer ou d’être aimé défaillante ou robuste. Il n’y a pas de doute, on reste répréhensible dans l’inaptitude à braver l’entité des conjonctures qui provoquent nos maux. Mais nous sommes encore plus coupables d’ignorer la vanité des tyrans; nous sommes en partie responsables des souffrances des prochaines victimes. Et puis on ne peut croiser son propre regard sans éprouver du dégoût envers l’être qui s’est laissé piétiner.


Somewhere else


“Are you going somewhere during spring break? “
She responded by a lifeless “I have nowhere to go.”

I should’ve probably pitied her at that moment but I strangely felt envious of her resolution.  It’s as if she was telling me that even though she was not particularly joyful she didn’t have any place she wanted to go. Because the people she believes in are beside her, ergo, going anywhere wouldn’t make her happier.  It’s like she was trusting her actual entourage and wasn’t hoping of meeting someone in another place that would enlighten her life. Unlike me.

I moved to so many places and meet new faces every few years yet I felt jealous of that girl who had nowhere to go. Since she had something and I did not. A place to call home; where you can feel that it doesn’t matter if you don’t go anywhere and just stay still. This place filled with people you don’t want being apart from even though it’s hard or sad to be beside them. I coveted this kind of place because no matter where I went  I never encountered someone who made me want to stay.

So what if I visited so many countries/cities, met countless faces, learned new languages and subsisted in so many cultures; I still don’t have a place to call home and I still don’t trust people. That’s why I always have somewhere I want to go, wherever it might be. Even though, I strongly acknowledge that it’s not the places; it’s the people.

However, lately I have been thinking that my happiness should not depend on others perspectives or feeling. I thought I was old enough to be more reasonable but I am still strangely repulsed by other’s  average thinking. I still have so many difficulties with small talks because, honestly, I don’t care about the weather, the boy/girl you’re sleeping with or your new smartphone. I just want us to share our flaws, our worst nightmares, our blunders, ours hopes and perhaps our happiness. Though, humankind might think I’m insane.

Nowadays, I gaze more at trees, rivers, bridges, roads and sometimes; the sky-anything that is less human-, therefore, I rarely met the eyes of a stranger. Nevertheless, I guess I’m still looking for that person whom I can call home since I want to go somewhere else once again.




dimanche 30 octobre 2016





Chaque matin on croise le reflet dissocié de nos désillusions. Les miroirs ne sont-t-ils pas les armes ultimes d’aliénation ?

C’est étrange comme on peut se regarder à tout moment et pourtant ne jamais se voir réellement. Dans un monde dépourvu de reflets on prendrait certainement plus de temps à analyser l’image que l’on propulse.  À quel point incarne-t-on  ce qu’on est et quelle portion du personnage peut on projeter ?

Prendre cinq heures à perfectionner un masque et pourtant ne jamais croiser son propre regard. Est-ce que tu peux voir ta reproduction dans tes propres  yeux ?
Non, on préfère se chercher dans le regard d’un autre et non le sien. C’est un peu comme regarder une vidéo de soi-même, peu importe comment bien on parait il y a toujours ce petit malaise comme si on essayait de se  dissocier de notre représentation.


Être conscient de soi-même c’est avoir son reflet projeter devant nous constamment.  C’est être prisonnier de son propre regard. C’est comme manipuler les files d’une marionnette ; à force d’essayer de coordonner les mouvements de son pantin afin qu’il intègre son entourage, on finit par être si conscient  de nos geste qu’on finit par limiter ce qu’on est vraiment.

vendredi 7 octobre 2016

Vulnérabilité

La vulnérabilité des gens m’avait toujours affectée de façon malsaine. Parce que c’était, pour moi, l’occasion de me faire accepter en soutenant quiconque l’exhibant. Toutefois, au fur et à mesure que je me retirai de la masse des gens, elle me rebutait puisque elle représentait, dorénavant, l’image dissociée de mes relations interpersonnelles. Aujourd’hui, elle est l’ombre qui n’a le choix que de s’attacher à mon égo. L’impulsion de lui tendre la main ne disparait pas mais la crainte d’en être le reflet est plus importante.

Puisque je cherchais à l’éviter, le sort sournois s’est mis à manigancer avec la destinée en me la balançant continuellement au visage.  Ou, encore, je n’ai pas vraiment fait attention à mon choix de profession.

Quoi qu’il en soit, c’est un personnage rigidement robotique et inconfortable qui a dû cogner à la porte du foyer pour personnes âgées ayant un statut de démence.  J’espérais que la porte ne s’ouvrirait jamais ou que la terre arrête soudainement de tourner. Bien sûr, mes prières ne furent, encore une fois, pas entendues. Une dame trop radieuse vint nous ouvrir l’antre de mes anxiétés.  J’essayais de  raser les murs en me murmurant maintes une fois de ne pas considérer qui ou quoi que ce soit. Si on nous dit de ne pas penser à quelque chose en particulier  on est porté à la visualiser instinctivement. Cela doit être pareil quand on espère éviter une situation car celle-ci accoure alors qu’on n’a même pas finit d’y songer.

Une patiente nous observe depuis un moment et rôde autour de nous comme le loup le fait autour de sa proie. Elle tient quelque chose dans les mains, mais difficile de le distinguer d’ici. J’essaye de fixer mon attention ailleurs car tout ce que mon esprit en alerte parvient à m’envoyer c’est : VA LUI DIRE BONJOUR. C’est ça; pour que je retombe dans ma dépendance émotionnelle en moins de 3 secondes. Quoi que je fasse, mon regard ne peut s’empêcher de rencontrer le sien et elle se décide finalement à attaquer. Je fais mine de trouver fascinante l’affiche sur "les 4 saisons". C’est hélas trop tard car elle a déjà fait son entrée dans notre groupe et me fixe avec un sourire niais. Je n’ai même pas le temps de répondre à sa grimace qu’elle sort l’objet in-identifié de sa poche et nous fait signe de nous rapprocher. Terrifiées, mes collègues me supplient du regard. S’il existait un regard qui pouvait leur dire que mon instabilité psychologique est incomparable à leur panique superficielle je n’aurais même pas eu le temps de réfléchir avant de l’exposer.

Encore une fois, elle ne nous laisse pas le temps de réagir à la situation car elle nous met un objet de forme soupçonneuse sous les yeux et ricane entre-temps. Les autres commencent à afficher des sourires figées alors que j’essaye encore de saisir. Ce n’est que lorsqu’elle réussit à émettre "c’est une queue croche" entre ses gloussements incessant que je comprends enfin. C’était tellement déplacé et inapproprié que je n’ai pas pu me contenir. Je ne sais pas si on le doit à mon immaturité, à la situation  équivoque ou la combinaison des deux mais les éclats de rire collectifs qui s’ensuivirent auraient pu faire trembler la mansion et seront, dans mon cas, mémorables.   


Le plus beau visage était celui de la patiente, car son rire sonnait si innocent que dans d’autres circonstances j’aurais trouvé cela triste. Par contre, à ce moment-là,  j’aurais franchement voulu être à sa place. Son insouciance était palpable et inimitable. 

samedi 23 juillet 2016

Emprise

J’ai lu un livre qui disait que la seule façon qu’un enfant puisse devenir adulte était de se révolter contre ses parents. J’avais deux raisons de nier l’absurdité de ces propos, la première étant que c’était la seule phrase du livre qui avait frôlée mon attention au milieu des piètres mièvreries qui me faisait penser que n’importe qui, vraiment, pouvait publier de nos jours. La seconde raison me renvoyait à tous les éclats que j’avais provoqués pour seul objectif l’obtention mon indépendance qui, au final, ne sera certainement pas mon billet au monde austère.

Pourtant les mots ne veulent pas s’effacer comme si un insouciant s’était amusé à signer un graffiti inculte sur ma mémoire.   Chercher les raisons que l’orgueil ne veut pas comprendre c’est un peu comme se faire piquer par l’aiguille dans la botte de foin. L’ironie fait que le doute, dans toute son opacité, jaillit des tréfonds de l’âme, comme une embuche ostensible. Alors, la question se pose, sans s’émouvoir du tressaillement orgueilleux : est-ce que j’ai vraiment révoqué l’emprise parentale?

Bizarrement, je n’ai jamais eu une bonne relation avec mes parents. Alors que je claquais encore mes sandales en plastique contre mes talons, et par instance, dès que j’ai su la ruse du mensonge, je m’empressais de l’appliquer sur eux sans remords. Et cela n’a jamais cessé jusqu’aujourd’hui d’ailleurs. Mais bon, qui a une relation stable avec ses géniteurs de nos jours hein? Alors pourquoi étrange? Parce qu’ils n’étaient pas nécessairement la raison de mes colères incongrues et pourtant ils se devaient de récolter quelques fracas de mes émois sans comprendre.  Au final, ce n’est que lorsque j’ai réussi à prendre de la distance et du recul, que je développais une réelle exacerbation pour eux seuls.  

Quand bien même, chaque été, pour quelques jours je me retrouve face à eux et c’est si dure de communiquer. Dieu merci, ma mère parle pour 6 personnes et mon père s’enflamme à n’importe quel sujet. Habituellement, je me contente d’esquisser ou de mimer quelques expressions et les heures finissent par s’écouler tant que le protagoniste du sujet, ce n’est pas moi. Toutefois, il arrive, certaines fois, que personne ne dit mot et je sais alors que ce ne sera pas très long avant que je ne devienne le centre du sujet. Parce que lorsqu’un parent n’a plus rien à raconter; il parle de ses enfants. Triste sort. Alors dans mon élan de panique, je lance la première chose légale à laquelle je pense.
-Ah… J’ai vu une vidéo…
Ma mère me regarde comme si elle venait de remarquer ma présence. D’un moment à l’autre je crains qu’elle me demande carrément depuis quand je suis revenue. Elle ne le fait pas alors je sais que je dois poursuivre maintenant que l’attention est sur moi.
-Euh… Dans cette vidéo, j’ai vu des touristes jeter des pièces lors d’un certain tournoi et des enfants en piètre état s’empressaient de les ramasser…
Mon père met sa main sous son menton; je sais alors qu’il me prête vraiment attention et qu’il essaye de voir où je veux en venir, ce qui me rend encore plus rigide. Ma mère qui a tendance à s’impatienter rapidement me jette  un « et alors » du regard.
-Ben ces touristes rigolaient et s’amusaient à jeter l’argent pour pouvoir se moquer des enfants qui les prenaient du sol. Les gens locaux regardaient sans rien faire alors qu’il y avait foule.
Ma mère hoche la tête pour désapprouver et pendant un instant je crois que c’est mon choix de sujet qu’elle blâme mais je l’entends demander :
-Et leurs parents?
Moi : Hein?
Père : Ils étaient où les parents de ces enfants?
Moi : Euh… Je sais pas… J’ai pas vraiment fait attention…
Mère : C’est surement leurs parents qui leur ont appris à mendier comme ça.
Moi : Je pense pas que ce soit le problème…
Mère : Oui, c’est pas de leur faute, c’est leur éducation qui est à reprocher.
Père : Ces pauvres enfants… Tu vois, comment certains vivent et toi tu te plains de partager une chambre!
Moi : Non mais là n’est pas la question… Vous ne voyez pas que c’est les touristes le problème? Et les gens qui font rien? C’est normal vous pensez de reprocher à des enfants, probablement affamés de ramasser de l’argent et d’ignorer que des gens s’amusent à les rabaisser ?
Père : On sait ça, mais les gens malfaisants y’en a partout, c’est pas nouveau. Mais peu importe la situation les parents doivent apprendre les bonnes valeurs à leurs enfants et éviter qu’ils arrivent à cette situation.
Mère : D’ailleurs, si les enfants ramassaient les pièces comme ça, c’est qu’ils ont vu leurs parents faire la même chose.
Père : C’est peut-être même les parents qui ont envoyé leurs enfants.
Moi : Hahaha
Mère : Tu trouves ça drôle? Tu devrais être plus reconnaissante pour ce que tu as. Après tout, tu n’as jamais été obligée de mendier à ce que je sache.
Elle me regarde d’un regard douteux comme si ça pouvait être une possibilité.
Père : Tu vois pourquoi on insiste sur vos études? Pour que vous évitiez ce genre de situation même quand on sera plus là.
Moi : Oui oui vous avez raison. De toute façon, vous avez toujours raison non?
J’ai tout d’un coup envie de remballer ma valise et de déguerpir aussi vite que possible. 
Mère : T’inquiètes pas. Tu vas regretter quand on sera plus là et tu penseras : si seulement je les avais écoutés.
Père : Laisse tomber. Pourquoi tu t’énerves, tu sais qu’elle est la plus têtue et qu’elle n’écoute jamais rien.
Mère : Oui et regarde où elle en est…

Trop fatiguée pour continuer une discussion de sourds et muets je m’empresse de quitter la table en les laissant fabuler sur leur sujet favori.
 …
Parfois, quand je vois mes collègues envoyer des SMS, photos, vidéos à leur famille, je me surprends à les envier. C’est leurs relations que je jalouse. À défaut d’avoir qui que ce soit pour partager quelque chose qu’on trouve d’intéressant, la famille, c’est normalement celle qui devrait le moins juger non? Dans mon cas, oublions le jugement, c’est la troisième guerre mondiale que je déclenche. Le milieu familial dans lequel on est élevé affecte jusqu’à un certain degré notre façon de réagir au monde. C’est en vieillissant que je me suis rendue compte que la bienveillance de mes parents qui, certes, soyons honnêtes, ne voulait que mon bien, avait ancrée en moi la phobie du tout. Ils m’avaient fait croire qu’ils étaient ma seule protection. Suite à des circonstances exponentielles et inextricables, il se trouve, malheureusement, que la seule et unique source de confort et de soutien, à laquelle j’ai eu droit au court de mes 2 premières décennies ne provenait que d’eux. Inconsciemment, je les ai crus. Jusqu’au jour où j’ai compris que je pouvais être seule sans trépasser piteusement comme ce singe que j’avais vu dans un reportage  qui mourrait de mélancolie et de solitude à la suite de la mort de son bébé.

Enfin bref, mon point étant que j’ai grandi dans ce milieu, où il est normal de ne pas voir le point central d’un sujet, ou pire, de l’ignorer pour lui donner, sans raisonnement, un sens superficiel dans le seul but de manipuler son enfant.

 C'est la mise en scène de la Cantatrice Chauve; au final on ne discute qu'avec soi-même.
Dans tous les cas, j’ai eu l’impression de donner un pistolet chargé à un enfant de 2 ans; je voulais qu’il vise une cible précise mais, s’en contrefichant, il le pointe vers la seule chose qui lui est familière. L’expression « Quand le sage désigne la Lune, l'idiot regarde le doigt » ne pouvait mieux décrire une situation déplorablement pathétique. Se révolter contre ses parents? Là n’est plus la question. Se détacher concisément de l’influence et de la manipulation émotive est beaucoup plus prioritaire car elle est la pire des emprises dans n'importe quelle relation.

Alors, parce que je ne me sens pas mieux, je me suis dit que tous ces gens qui n’ont pas réagi à la situation précédente et qui se contentaient de regarder, rire et filmer; ah eux aussi ils ont eu une vie misérable. Parce qu’il faut sacrément être déshérité et pitoyable pour être les touristes qui s’amusent du malheur des autres mais pour les ignorer sans rien articuler c’est être ignominieux. Parce que cette sorte d’incapacité abjecte normalise les actes de la société les plus pernicieux.



samedi 16 janvier 2016

Des choses difficiles à comprendre




J'ai horreur de recevoir les enfants ; ils sont toujours si agités et difficiles à contrôler émotionnellement. Et leur regard qui se fixe sur tout et n’importe quoi…Toujours si perçant et curieux alors j’ai beaucoup de mal à le soutenir.
La porte vole en éclat et envoit valser les quelques feuilles du bureau sur le sol :
-Je t’apporte les sucreries. En général ça les rend plus dociles.
-Le sucre les rend encore plus excités…
Elle hausse les épaules, dépose le bol au coin de la table et ressort avec le même fracas. Si bruyante…Combien de fois je dois lui dire que sa grossièreté risquerait de nous causer des ennuis avec les voisins ?
Un grincement me sort de mes pensées. Une petite tête apparaît dans l’embrasure de la porte et me laisse à peine le temps de composer mon masque professionnel :
-Entre mon cœur, n’aie pas peur.
Mon semblant de sourire a dû fonctionner car elle se précipite dans la salle et s’empresse de grimper sur le fauteuil.
-Ta maman n’est pas avec toi ?
-Oh, elle ne viendra pas.
-Elle ne vient pas… ? Et tu es venue toute seule ?
-Oui, je voulais discuter avec vous !
Elle sourit gaiement et je peux voir qu’il lui manque quelques dents. Un sentiment de malaise s’installe en moi ; d’où sort cette enfant et pourquoi diable ses procréateurs inconscients ne peuvent-ils pas superviser leur propre progéniture? Ils ont dû penser que l’heure de consultation de leur fille était leur repos bien mérité. Avec ce genre de parents il y’a une grande possibilité que cette enfant se fasse kidnapper ou développe un désordre mental. C’est peut-être même déjà en court puisque ils ont jugé bon de l’envoyer ici. Elle interrompt encore une fois mes pensées de sa voix gazouillante:
-Est-ce que les bonbons sont pour moi ? Je peux en avoir un s’il vous plait ?
J’hésite un instant; lui accorder de manger le sucre est aussi désavantageux pour moi que pour ses dents.
-Et les caries alors ? Tu veux avoir des trous dans tes jolies petites dents ?
-C’est pas grave, elles sont en train de tomber de toute façon.
 Ah, ce regard persistent que je déteste chez eux. Je lui tends le bol.
-Bon. De quoi voulais-tu me parler trésor ?
Elle prend le temps de délicatement déballer son bonbon le lèche à quelques reprises et penche sa minuscule tête sur un côté comme pour me démontrer qu’elle y pense.
-Des choses difficiles à comprendre.
Pendant un bref moment, j’ai un brin de sympathie pour cette fillette étrange ; elle ne doit pas avoir beaucoup d’attention. La preuve en est que ses parents ne daignent même pas présenter le bout de leur nez au rendez-vous.
-Je t’écoute mon cœur. Tu peux tout me raconter.
Ses yeux brillent, elle ne peut contenir son rire glorieux et je ne peux m’empêcher de me sentir piégée.
-Merci de me donner cette opportunité. C’est que je n’ai pas beaucoup de gens à qui poser mes questions. Et puis, même quand je le fais personne ne comprend réellement. Par quoi est-ce que je peux commencer ? Ah. Essayons d’aller dans l’ordre des choses. La plus part des gens pensent qu’en remontant à l’enfance ils peuvent mieux se comprendre alors ils viennent vous voir. En réalité, souvent, l’origine est en face de nous, mais c’est tellement simple et superficielle qu’on ne le voit pas. Alors ces idiots consument des heures, des années à épuiser leur énergie sur tout ce qui éloigne de la vérité. Jouer, étudier, travailler, dépenser. En somme, s’adonner à n’importe quel moyen pour se sentir vivant. Oh ? Vous n’avez pas l’air bien. Vous voulez un bonbon ? Ça donne de l’énergie.
Apparemment je n’ai pu contenir mon expression jusqu’au bout. Qu’est-il arrivé à cet enfant ? Maltraitance parental ? Événements tragiques ? Mutations génétiques ? Calme-toi. Calme-toi. Essayons de raisonner clairement, cette enfant présente vraisemblablement des signes du trouble de dépersonnalisation. Il est également possible qu’elle ait développé une dissociation de son identité.
-Hum, trésor, est-ce que quelqu’un t’a fait du mal ? Est-ce que tu aimerais me raconter ce qui s’est passé ?
-C’est ce que j’essaye de faire. Je disais que la source principale des maux psychologiques développés est causée par les parents. Je vois ces pères nourrir leur enfant de leurs propres illusions à la grosse cuillère alors que j’ose à peine me sustenter des gouttes de la rationalisation.
Comme je le pensais, cette enfant a subi un abus parental du père, cela va de soit dans ces circonstances. Je hoche la tête pour l'’encourager à poursuivre. Elle sourit :
-Mais vous savez, le pire je pense que c’est l’instinct maternel. Le nourrisson puise l’essence de la peur à même le sein et ne peut s’en départir jusqu’au dernier souffle. Vous comprenez ? Le lien ombilical ne se rompra jamais.
La mère est probablement impliquée… Elle doit être au courant ou a dû déceler le changement et l’a donc envoyé ici. Tentant de rentrer dans son jeu je ne peux m’empêcher de répliquer :
-Ta maman voulait surement te protéger.
-C’est exactement cela. Les mères ont la pire des emprises sur un enfant parce qu’elles couvent leurs progénitures à en crever ou encore elles abandonnent complétement leur rôle. Elles n’arrivent jamais à se modérer mais vogue d’un extrême à l’autre. Vous devez surement le constater non ? Plus un enfant est craintif, troublé ou (elle me sourit) psychotique, il y a toujours un lien direct ou indirect avec la mère. Le comprendre n’est pas chose difficile mais l’accepter est certainement horriblement humiliant. Pas pour l’enfant non, mais pour le jeune adulte gonflé de préciosités et fier de son indépendance il préférerait mourir plutôt que de l’admettre.
 Même si sa personnalité est dissociée, cette petite fille n’exprime ni haine ni violence. Au contraire elle tient un discours qui lui semble cohérent et n’exprime pas de point de vue personnel. Elle présente objectivement des faits qu’elle croit avoir elle-même observés. Schizophrénie ? Quoi qu’il en soit, c’est une chance de l’avoir trouvé avant qu’elle ne se développe davantage. Elle aurait pu être un véritable danger public. Elle m’observe silencieusement. Inconfortable. Je préfère encore lorsqu’elle parle :
-Qu’est-ce qui arriverait si l’enfant admettait que ses parents sont à l’origine de son malheur ?
-Vous ne m’écoutez pas. Je vous dis qu’il mourra.
-Mais pas tout le monde n’a le courage de mourir par lui-même… Et puis est-ce si horrible que cela ?
-Vous êtes douée lorsqu’il s’agit de vous inquiéter et vos solutions impliquent toujours  la fuite, mais en réalité vous êtes incapables d’analyser quoi que ce soit. Mais c’est normal. C’est dans votre nature. C’est exactement la cause du problème.
-Je ne comprends pas…Quelle nature précisément ? Humaine ? Et en quoi je nuirais ?
-Vous êtes ce que les parents lèguent aux enfants. Vous armez déplorablement l’ignorance. Vous êtes ce qui nourrit la haine et la violence des sociétés.  Vous croyez avoir des capacités humaines parce que vous êtes en mesure de formuler des pensées. En réalité, vous n’existez pas.
-Pardon… ?
-Je n’existe pas non plus. Toute cette scène n’est pas réelle. Nous ne sommes que des idées incarnées: des personnages fictifs. C’est difficile d’accepter que tout ceci se passe dans la tête d’une personne. Vous ne voulez pas plutôt savoir qui vous êtes ?

-Je suis payée pour t'écouter.


-Vous êtes la pâleur  sur les visages qui voient leur mort, le tremblement de la main qui serre la réalité, la goutte sur le front qui porte la vérité et l'affaiblissement des genoux qui ont soulevé l'iniquité sociale. Vous incarnez l'idée la plus farfelue et pourtant vous êtes l'arme autodestructrice humaine la plus active: La peur.


-Ah, j'ai bien peur que la session soit terminée pour aujourd'hui. Nous résumerons la semaine prochaine en présence de tes tuteurs.


-Certes...en attendant, je ne peux être que la pensée immature qui raisonne la peur 1 heure par semaine.

26 juillet 2013



J`aime à penser que comme on peut être son pire oppresseur, on peut d`autant être son propre réconfort. Oui, on nait dans la terreur pour mourir dans la solitude. D`un état à l`autre, on se retrouve face à soi, à ses choix, à ce qu`ils impliquent… Dès lors, on a toujours une responsabilité vis-à-vis de ce que l`on est, de ce que l`on pense être et de ce que l`on devrait être.
 
L`extérieur n`est qu`une forme de secours éphémère qui trop souvent conforte dans l`illusion d`un bien être probatoire. S`attacher à la béquille nous fait croire que l`usage de la jambe n`est plus requis. Ainsi, on se leurre; puisque nous avançons toujours, on oublie la blessure. Ce bonheur abstrait réconforte l`insouciance. Quant à la douleur, toujours présente, elle se retrouve refoulée jusqu`au jour où le support finit par s`user. Son ombre, une promesse malfaisante, guette et traque le moindre sourire. Et quand ce jour arrive,  la souffrance délaissée, se métamorphose orgueilleusement en agonie. Tomber, n`est que l`esquisse d`une éventuelle fin; car le pire se trouve à être dans l`atterrissage inattendu.
…
Et s`adresse au sol qu`une seule question : comment avancer alors que le fondement même du mouvement naturel a été réprimé?  La plupart d`entre vous, essayerez d`agripper le premier pilier qui croisera votre chemin, et ainsi d`une main à une autre vous aurez l`impression d`avoir parcouru la destinée.

Quant à d`autres, qui brisés et trahis n`éprouveront que mépris et méfiance à l`égard de l`extérieur. De ceux-là, certains n`arriveront jamais à se relever; ou  s`ils le font; se retourneront sur eux même sans réussir à mettre un pied devant l`autre. Les derniers, comprendront que l`usage ne revient que par la volonté de soi-même; et en s`explorant ils redécouvrent ce qu`ils avaient perdus ainsi que ce qu`ils cherchaient farouchement. Du platonisme au nihilisme c`est la devise qui met en marche les rouages de la raison : connais-toi et dès lors tu sauras.

…

Chacun le sait proprement tout en le craignant; le désespoir, la dépression, la névrose naissent de soi et ce n`est pas à coup de pilules qu`on peut retrouver le sourire de la victoire. Avoir peur de l`admettre parce que cela nous renvoit à la nature solitaire de l`humain est naturel mais cela ne l`efface pas : on est seul à pouvoir se réconforter et trouver son Bonheur.

mardi 22 décembre 2015

Jouer ou être joué

Je regarde mes années se consumer comme un pyromane ensorcelé par les flammes de son crime. Je pensais que mon état en transe n’était que transitoire, mais il s’étiole à chacun de mes souffles. Je me suis prise à mon propre piège; je deviens ce que j’avais toujours méprisé car je me suis figée dans l’inertie de mon inaptitude à exister.

Bien sûr j’ai blâmé le monde entier, la vie même, avant d’accepter mes responsabilités.
Je Lui en ai voulu parce que je sentais qu’Il m’avait injustement imposé les embuches que les autres ne vivaient pas. Je me sentais piégée par la différence dont Il m’avait doté et Son indifférence à mes prières révoquait ma foi ignorante. Alors, j’ai essayé d’apprendre et de comprendre pour croire à ce qui dépassait mon entendement. Je voulais une place où mon existence ne serait pas un fardeau et où elle pourrait être utile à quiconque en réalité. Trop imbue de moi-même je n’avais pas remarqué tous les rôles qu’Il m’avait proposés.

 Dans ma révolte théologique je sentais que mon prénom était trop lourd à porter et je renvoyais donc ma faiblesse sur la doctrine de mes parents. Dieu seul sait oh combien je leur en ai voulu de m’avoir mis au monde. Comme si les disgracier de façon infantile pouvait changer leurs efforts à supporter l’enfant ingrate qui se refuse encore à accepter l’amour inconditionnel d’un parent. Je détestais mon prénom et encore aujourd’hui, ils le prononcent avec l’embarras d’un échec.  Pourtant, il existait un temps où je voulais voir leurs yeux briller de fierté. Peut-être que si je ne m’étais pas tant préoccuper à vouloir être ce que jamais je ne pouvais devenir, je n’aurais pas failli à mon rôle. Si seulement je m’étais contentée d’être simplement leur fille.

L’autre jour, je me suis arrêtée sur une photo qui avait attiré mon attention sur la plateforme interactive : tiens, je me suis dit, il te ressemble. Quelques secondes passées et je me rendais compte que j’avais à peine reconnu le visage qui a partagé les souvenirs de mon enfance. Pourquoi est-ce que je regarde toujours les personnes les plus influentes dans ma vie de loin? Justement parce que je ne voulais plus me permettre de régler mes actions selon les leurs. Parce que je me sens toujours responsable de leurs erreurs, de leur tristesse, de leur malheur. Parce que dès qu’il y’ a un problème, j’accoure comme une mère ours. Et si depuis le début je n’avais essayé d’être qu’une sœur plutôt que de jouer à la mère, je n’apprendrais pas sur Facebook que mon frère a rejoint un tel club uniquement pace qu’une connaissance qu’on a en commun commente sa photo.

Souvent les gens s’arrêtent à ma différence ethnique et la première chose que l’on me demande lorsqu’on me rencontre : mais toi, d’où tu viens? Au début, j’ai cru que c’était les vêtements; alors je suppliais ma mère d’arrêter de m’acheter ses désirs et de m’offrir le camouflage que, moi, je voulais. Ensuite, tout à coup, mon accent semblait provoquer les ricanements et les chuchotements de la période pré-pubaire alors de tout mon possible j’essayais d’utiliser des expressions qui me semblaient, au premier abord,  étranges mais qui, je le constatais, commençaient rapidement à changer ma phonation. C’est le jeu du pari; tu penses : la prochaine sera la bonne mais un jour tu n’as plus rien à parier et seulement là tu te rends compte que tu as tout perdu en vain. Alors, est-ce que je vais parler d’amitié lorsque les personnes auxquelles j’essayais de m’accrocher voulaient que je me conforme à leur image? Si j’étais restée fidèle à moi-même est-ce que j’aurais pu rencontrer des gens qui voudraient me parler? Jusqu’à présent les gens ne comprennent pas pourquoi je suis si taciturne après tout je leur semble super sympa une fois que je leur parle. Eux, ils ne savent pas que j’ai pris pour habitude de me conformer naturellement à n’importe quelle personne. En fait, je m’entends avec tout le monde mais en même temps avec personne.
J’aurais aimé blâmer tout sur le fait d’avoir été déracinée à deux reprises, mais à l’origine je me faisais déjà mettre à l’écart alors que j’étais sur la terre de mes ancêtres.

Un jour j’ai compris que ce qui bloquait mes relations interpersonnelles ce n’était, non pas ma différence ethnique, mais plutôt ma vision des choses et mon statut psychologique. Je ne pouvais le comprendre qu’à mon contact avec le sexe opposé aussi, mon long périple sur la quête du ‘deviens ce que tu es’ ne pouvais que commencer. Je pensais qu’il me suffisait d’être moi-même pour pouvoir aimer. J’avais cette illusion; chaque fois que je me dévoilais, je pensais que j’étais en train de vivre l’Histoire d’amour de ma vie. Quand est-ce que je me suis rendue compte que je me foutais de moi-même? Presque aussitôt. Mais je pensais être une romantique, je pensais être amoureuse de l’idée d’Amour et que si je persévérais, comme je le fais toujours, ça arriverait réellement. Mais j’étais vicieuse, plus je voyais que je n’aimais pas  une personne, plus je m’accrochais à elle et plus cette personne me montrait de l’affection et plus je comprenais mon jeu et plus je m’haïssais. Plus je me méprisais et moins j’aimais recevoir l’amour des autres. Est-ce que je me sens désolée d’avoir trompé mes partenaires? C’est un jeu ne se joue pas en solo et je n’ai pas eu de relation qui impliquait des gens innocents ou stupides. Si j’ai été psychologiquement instable durant ces périodes de ma vie, personne n’a jamais cherché à comprendre pourquoi, aussi je ne ressens presque pas de regrets. Seulement, j’aurais voulu, au moins une fois, être la petite amie réconfortante décrite dans les romans au lieu de la psychopathe en mal existentiel.
 Je ne sais pas recevoir l’affection des humains et ne sais encore moins comment les aimer alors Pardonne moi de ne pas avoir répondu à Tes appels.

J’ai toujours pensé que j’étais plutôt malchanceuse, et j’étais en colère contre le monde entier, contre la vie, contre moi-même. Je n’ai jamais cherché à soigner mes plaies et trouvant confort dans la douleur de leur infection, comme le mutilé dans ses coupures, je me sentais à la fois vivante et malade. Je me voyais éclatée et éparpillée et me reflétais dans chaque fragment comme dans les morceaux d’un miroir brisé. Il a été particulièrement difficile de me trouver au milieu des multiples personnalités développées et je me demande encore si je me suis entièrement rassemblée.  

Deux décennies et demie plus tard, je pense enfin comprendre le poids de mes responsabilités. Il m’a toujours été facile de condamner les autres parce qu’ils ne disaient pas les bonnes paroles, ils n’agissaient pas selon la moralité conventionnelle, ils étaient méprisants, despotiques et faibles. D’une certaine façon, j’ai toujours poussé les gens à agir de cette manière avec moi. Parce que j’étais une victime coupable. Coupable de ne pas m’être exprimée clairement, de ne pas m’être exposée telle que j’étais réellement, d’avoir rigolé quand j’aurais dû crier, d’avoir feins l’ignorance pour mieux m’intégrer, d’avoir méprisée silencieusement leurs actions, de n’avoir jamais discuté ce que je pensais, de ne jamais avoir encouragé les gens à changer, de ne pas avoir changé moi-même.

Parce que j'ai trop souvent jonglé avec la possibilité d'être mise en scène ou être la scène même.

Alors le plus grand rôle qui m’a jamais été  donné et ce depuis ma naissance mais dont je suis toujours incertaine sur la façon de l’incarner : moi.  

Source de la vidéo


lundi 13 avril 2015

L'homme mort-né


Le froissement du tissu fût frémir, telle la contrainte d’une caresse, la pâleur du cou de l’homme au costume ambré. Les mouvements vifs et précis de ses mains, révélaient le vestige d’un geste à maintes fois repris. Il avait pourtant toujours eu du mal à supporter le port de cravates, mais le souvenir de sa mère ne l’en laissait s’en départir. Chaque matin, elle s’agenouillait au pied de son enfance et l’enveloppait du vêtement fraîchement lavé et séché : « Mon garçon, le monde appartient à ceux qui portent leur régate hautement. » Elle ne lui avait légué que les mots auxquels s’accrochent les femmes soumises à leurs dispositions maternels. Frêle, elle portait le sourire dépravé, de son dur labeur. Cette femme n’avait jamais appris à vivre pour elle-même, d’aussi loin qu’il pouvait s’en souvenir, elle offrait chaque fragment de son âme aux hommes qui la conquéraient. Jamais ne l’avait-on vu refuser un service aussi discourtois en son encontre, il pouvait être. Elle supportait ardemment le fardeau de sa bonté, un supplice qui  forgeait son caractère dans la subordination.  Les traits de l’homme se déformèrent hideusement, le souvenir de sa mère, imprégnait en son être, la révulsion que l’on porte aux femmes de joie. Une fois qu’elles se sont offertes, elles n’exhibent alors que la débauche des hommes qui en ont jouie.